Dîner d’Iftar du conseil français du culte musulman

Message du Président de la République M. Nicolas Sarkozy aux Musulmans de France

A quelques heures de la fête de l’aïd el-Fitr qui marquera la fin du ramadan, je tiens à saluer tous les Musulmans de France.

Le mois qui vient de s’écouler a été, pour vous, un temps d’effort, de patience et de réflexion spirituelle.

Mais si le ramadan constitue d’abord un retour sur soi, il n’est en rien un repli sur soi. Bien au contraire, il est même une invitation au dialogue, au respect et au partage. Il est à l’image de l’islam de France d’aujourd’hui, un islam de paix, de tolérance et de solidarité.

La création du Conseil français du culte Musulman, la mise en place d’aumôneries dans les Armées, les hôpitaux et les établissements pénitentiaires et d’un cycle de formation républicaine pour les ministres du culte musulman, ont représenté des étapes décisives dans la reconnaissance et l’affirmation de l’islam de France.

Par le nombre de pratiquants, l’islam est aujourd’hui la deuxième religion de notre pays.

Je le dis avec force : les musulmans de France ont toute leur place au sein de la communauté nationale, cette communauté nationale qui, parce qu’elle transcende nos différences, fonde notre destin partagé.

Au-delà des croyances et des convictions de chacun, nous nous rassemblons autour de ces valeurs cardinales qui nous tiennent tant à cœur : la liberté, l’égalité et la fraternité.

La laïcité, qui est au cœur du pacte républicain, n’est pas la négation du fait religieux, elle est la reconnaissance par l’Etat de l’égale dignité des religions.

En cette période de fête pour les Musulmans de France, je tiens donc à vous adresser un message de sympathie et, j’ose le dire, d’amitié.

De la même manière que je combats avec force le fanatisme sous toutes ses formes, le communautarisme qui ne respecte ni nos lois ni nos valeurs, je suis, sachez-le, profondément déterminé à garantir le droit de tous les Français à exercer leur culte en toute liberté et en toute dignité. »

Intervention de M. Brice HORTEFEUX, ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales - Paris
Monsieur le président du Conseil français du culte musulman, cher Mohammed MOUSSAOUI,
Monsieur le recteur, cher Dalil BOUBAKEUR,
Éminence,
Monsieur le grand rabbin de France,
Monsieur le président du Conseil représentatif des institutions juives de France,
Monsieur le président du consistoire central,
Monsieur le président de la Fédération protestante de France,

Monsieur le représentant du président de la République,
Madame et Monsieur les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Messieurs les préfets,
Monsieur le président du conseil régional d’Île-de-France,
Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

En ces tous derniers jours du ramadan, c’est avec beaucoup de plaisir que je viens, ce soir, partager avec vous cet iftar organisé par le Conseil français du culte musulman.

C’est un dîner auquel vous m’aviez déjà convié l’année dernière, Monsieur le président MOUSSAOUI, et je suis honoré d’être à nouveau votre invité ce soir.

En effet, comme ministre chargé des relations avec les cultes, je ne peux que me réjouir de trouver autour d’une même table, dans un climat de respect, d’estime et de sympathie mutuels, les représentants des cultes et ceux de l’État.

I. C’est ma responsabilité de veiller à ce que chaque religion trouve dans notre pays un espace de liberté pour s’exercer de manière apaisée.

(1) Chaque communauté a sa place dans notre République laïque.

Comme ministre de la République, je ne nie pas que les communautés existent. Bien au contraire, chacun d’entre nous a son histoire propre, honore ses ancêtres, se souvient de ses racines, se sent plus ou moins proche de telle ou telle communauté, se réjouit de la retrouver lors des fêtes, se réconforte à ses côtés dans les épreuves que réservent la vie. C’est normal et c’est très bien ainsi.

Mais, respectueux des communautés, je n’en suis que plus hostile au communautarisme. C’est une distinction fondamentale. Précisément parce que nous sommes républicains, nous ne sommes pas communautaristes. Nous ne réduisons pas chacun à son appartenance à telle ou telle communauté. Nous ne voulons pas que les différentes communautés qui composent notre pays s’ignorent les unes les autres ou se replient sur elles-mêmes dans une France balkanisée. Car nous savons que, au-delà des communautés, il y a la communauté unique des citoyens qui forment la République.

(2) Parce que notre société est fragile, parce que notre nation n’existe que dans l’adhésion sans cesse renouvelée de chacun de ses membres à ses valeurs fondamentales, nous devons lutter avec constance contre tous ceux qui, par leur refus de la loi, mettent en péril « le pacte républicain ».

Ainsi, lorsqu’une petite minorité extrémiste cherche à enfermer les femmes dans des prisons de toile, la République ne peut pas rester silencieuse. Elle doit réagir, par la loi, pour interdire une pratique absolument contraire à ses valeurs.

Lorsque des prêcheurs de haine, venus de l’étranger, essaient d’appeler leurs fidèles à la lutte contre nos valeurs et nos lois, la République n’a qu’un devoir : les éloigner du territoire national, pour préserver l’ordre public.

En agissant ainsi, en défendant les valeurs républicaines et le respect des lois, en refusant le communautarisme et toutes les formes d’extrémisme, le Gouvernement défend et protège tous ceux qui, quelles que soient leurs opinions religieuses, prônent le respect et l’équilibre.
II. Parce que nous avons en partage les valeurs de la République, nous avons le devoir de réussir, ensemble, le dialogue institutionnel entre les autorités de l’État et les représentants des cultes.

(1) Le principe de séparation des Églises et de l’État ne signifie pas que l’État ignore les religions.

Il ne signifie pas non plus que l’État refuserait toute expression publique des religions.

Il signifie que les pouvoirs publics et les autorités religieuses sont distincts, que les uns et les autres ont leurs propres responsabilités, et que de cette distinction fondamentale naît un dialogue nécessaire.

Je le dis devant vous, Éminence, qui représentez la première religion de France. Je sais, pour vous rencontrer régulièrement, toute l’importance que vous attachez à entretenir les relations nouées au fil des siècles entre l’État et une Église catholique dont l’organisation très structurée a depuis longtemps fait émerger des interlocuteurs bien identifiés.

Je le dis devant vous, Monsieur le grand rabbin, Monsieur le président du consistoire central et Monsieur le président du CRIF qui, chacun à votre place, entretenez ce dialogue de la République et des juifs de France fondé il y a deux cents ans par Napoléon Ier et renouvelé après la tragédie des années noires.

Je le dis aussi devant vous, Monsieur le pasteur, car les Églises protestantes sont elles aussi, à leur manière, des acteurs fidèles de ce dialogue institutionnel.

(2) Il eût été injuste et même dangereux pour l’équilibre de notre société que nos compatriotes qui se reconnaissent dans la religion musulmane n’aient pas, eux aussi, leur place à la table de la République.

- C’est pourquoi, alors qu’il était ministre de l’intérieur, Nicolas SARKOZY a fait en sorte que l’islam de France puisse faire entendre sa voix auprès de l’État.

Avant 2002, faute d’organe représentatif, l’islam de France peinait à se faire entendre auprès des pouvoirs publics. C’est pourquoi Nicolas SARKOZY, alors ministre de l’intérieur, a voulu créer le Conseil français du culte musulman et ses instances locales, les conseils régionaux du culte musulman.

- Aujourd’hui, grâce à vous, Monsieur le recteur BOUBAKEUR, qui avez guidé les premiers pas de cette institution et l’avez présidée à deux reprises, grâce à vous, Monsieur le président MOUSSAOUI qui en avez pris les rennes depuis 2008 avec autant d’efficacité que de détermination, grâce à vous tous, enfin, membres du CFCM et des CRCM, rien n’est plus comme avant. Jamais le dialogue entre la République et la communauté musulmane n’a été aussi dense et approfondi. Dans la diversité de ses composantes, et compte tenu de la richesse apportée par ses différentes fédérations, l’islam de France peut désormais s’exprimer, grâce au CFCM, d’une voix claire.

Désormais, lorsqu’ un préfet, un maire, un directeur d’hôpital ou un proviseur a besoin d’un interlocuteur pour évoquer les questions concrètes posées par l’exercice du culte musulman, il peut se tourner vers vous. Vous êtes devenus, en moins de dix ans, les interlocuteurs incontournables, fiables et responsables des pouvoirs publics. C’est un succès dont vous pouvez être fiers. C’est un succès qui assure à votre communauté le libre et plein exercice de son culte dans notre pays.

- Ce dialogue régulier et fructueux, je souhaite non seulement que nous le poursuivions, mais aussi que nous l’enrichissions.

Je pense bien sûr, Monsieur le président MOUSSAOUI, à votre volonté de faire évoluer le CFCM. Je parle bien d’évolution car, s’il est nécessaire de faire quelques ajustements pour s’assurer que chacune des composantes de l’islam se trouve légitimement représentée au sein de ce conseil, la plus grande victoire du CFCM reste bien sa stabilité, sa capacité à exister et persévérer depuis maintenant presque huit ans et après trois renouvellements électoraux. L’évolution que vous avez entreprise est nécessaire. Je souhaite à votre entreprise de rencontrer, d’ici la fin de l’année, tout le succès qu’elle mérite.

Mais je pense, aussi, aux élections à venir de renouvellement du CFCM au printemps prochain. Pour continuer à jouer son rôle d’instance représentative de tous les musulmans de France dans toute la richesse de leur diversité, il est essentiel, et je sais que chacun d’entre vous en est convaincu, que tous participent au processus électoral. Je compte sur vous et sur tous les responsables musulmans pour mobiliser l’ensemble de votre communauté sur cet enjeu essentiel.

(3) Notre dialogue porte ses fruits et, cette année encore, nous avons avancé, ensemble, sur de nombreux points.

- J’ai à nouveau entendu votre message relatif à la question des funérailles.

Dans le respect du principe de neutralité des cimetières, les musulmans de France, comme d’ailleurs toute personne souhaitant être inhumée selon un rite particulier, doivent avoir la possibilité d’enterrer les leurs selon leurs coutumes. Cela n’a rien d’anecdotique. C’est, bien au contraire, un enjeu important car symbolique de l’intégration de la communauté musulmane dans la République française.

Je crois profondément que le droit actuel permet de trouver le juste équilibre entre la nécessaire neutralité des cimetières et le respect des coutumes de chacun. C’est pourquoi j’ai demandé aux préfets, en lien avec les maires et les cultes concernés, de me rendre compte personnellement de la pratique des « carrés confessionnels ». Ils me rendront leur rapport d’ici fin septembre et je vous ferai naturellement parvenir dans les plus brefs délais, Monsieur le président, la synthèse de leurs observations.

- Nous avons également avancé ensemble sur la question de l’abattage rituel dont les conditions ont été consolidées en 2009 par un nouveau règlement communautaire de l’Union européenne.

Je ne peux que me féliciter de la coopération établie en la matière entre les cultes israélite et musulman. En outre, je puis vous affirmer que nous restons vigilants, en particulier en ce moment où le sujet fait l’objet de nouvelles discussions devant le Parlement européen.

- Comme chaque année depuis maintenant trois ans, le ministère de l’intérieur diffusera, en partenariat avec les ministères du tourisme et des affaires étrangères, une brochure d’information pratique sur le pèlerinage de la Mecque.

En effet, ce moment essentiel de la vie spirituelle des musulmans concerne plus de 30 000 personnes dans notre pays, Français ou simples résidants. Il est de notre devoir de tout mettre en œuvre pour que leur pèlerinage s’effectue dans les meilleures conditions.

- Enfin, je reste particulièrement mobilisé pour l’amélioration du statut et de la formation des aumôniers et des cadres religieux musulmans.
C’est un domaine dans lequel l’État s’est fortement engagé depuis 2005, et les efforts entrepris méritent d’être amplifiés.

En 2005, une aumônerie musulmane unique au monde naissait en France, au sein des armées. Aujourd’hui, je veux, en partenariat avec mes collègues de la justice et de la santé, développer ces aumôneries dans les hôpitaux comme dans les prisons.

En 2007, avec le soutien de l’État, le diplôme « religions, laïcité, interculturalité » était créé au sein de la faculté des sciences sociales de l’institut catholique de Paris. Il permet d’assurer une formation de qualité aux ministres du culte musulman qui le souhaitent. Aujourd’hui, je veux poursuivre ces expériences en régions.

J’ajoute que je veux aller encore plus loin sur ce point de l’amélioration des conditions de vie des cadres religieux musulmans, en facilitant leur intégration au sein de la sécurité sociale et leur adhésion pleine et entière au régime social des ministres du culte.

Vous le voyez, sur tous ces sujets concrets, nous dialoguons, nous progressons, nous avançons.

III. Si le dialogue entre l’État et les différentes religions me tient à cœur, je tiens à réaffirmer ce soir devant vous, représentants des cultes de France, une autre préoccupation majeure : protéger tous ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas.

(1) Trop souvent encore, certains de nos concitoyens sont insultés, pris pour cible ou agressés en raison de leurs croyances.

En 2009, 220 «actions» et 806 «menaces», soient 1026 faits racistes ont été recensés dans notre pays. Parmi eux, 314 concernaient tout particulièrement nos compatriotes musulmans et 6 actions violentes visaient leurs mosquées ou leurs lieux de culte.

Comment oublier, cette année encore, les actes ignobles qui ont frappé la communauté musulmane à Istres et à Tarascon ? Comment oublier, plus largement, les dizaines de tombes et de lieux de culte, toutes confessions confondues, qui ont fait l’objet, ces derniers mois, de dégradations abjectes ? Comment oublier les profanations des cimetières juifs de Cronenbourg ou de Wolfisheim, la souillure, à coup d’inscriptions antisémites du mémorial de la déportation de Marmande ou la vandalisation du cimetière municipal d’Hénin-Beaumont et de sa chapelle ?

Je vous le dis : nous n’oublions pas, et nous ne lâchons rien. Chaque fois qu’un citoyen est attaqué pour ce qu’il est, ou pour ce en quoi il croit, c’est l’ensemble de la communauté nationale qui est offensée.

Chaque fois, donc, qu’un lieu de culte est dégradé ou qu’une tombe est profanée, c’est l’État tout entier qui se mobilise pour retrouver et châtier les coupables.

(2) Parce que la connaissance de l’ennemi renforce l’efficacité du combat, j’ai signé avec le président du CFCM, le 17 juin dernier, une convention-cadre pour la mise en œuvre d’un suivi statistique et opérationnel des actes hostiles aux musulmans de France.

Désormais, au travers de réunions trimestrielles entre une délégation du CFCM et les services compétents du ministère de l’intérieur, nous avons les moyens de cerner, de manière précise et partagée, les actes antimusulmans en France.

Une fois ce nécessaire travail de recensement et d’analyse effectué, ma méthode, vous le savez, est immuable : adapter et cibler notre réponse pour renforcer l’efficacité du dispositif public de prévention et de répression de ces faits de violence et de délinquance racistes.
X
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Qu’il s’agisse de racisme, d’intégrisme ou de fanatisme, je le dis devant vous avec force : il n’y a pas de place en France pour les extrémismes quels qu’ils soient. Contre les radicaux, contre les exploiteurs de misère ou contre les marchands de haine, je n’hésiterai jamais à faire peser toute la puissance de l’État.

L’islam de France est un islam de paix. Vous pouvez compter sur mon entière détermination, aux côtés du CFCM et des CRCM, pour qu’il ait, toujours, les moyens de s’exercer dans la sécurité et dans la sérénité.

C’est, pour moi, un objectif majeur.

C’est, pour la République, un devoir moral.

C’est, pour le président de la République et le Gouvernement, une volonté de chaque instant.

Je voudrai, pour conclure, me faire le porte parole du président de la République qui m’a demandé de vous lire un message :

« A quelques heures de la fête de l’aïd el-Fitr qui marquera la fin du ramadan, je tiens à saluer tous les Musulmans de France.
Le mois qui vient de s’écouler a été, pour vous, un temps d’effort, de patience et de réflexion spirituelle.

Mais si le ramadan constitue d’abord un retour sur soi, il n’est en rien un repli sur soi. Bien au contraire, il est même une invitation au dialogue, au respect et au partage. Il est à l’image de l’islam de France d’aujourd’hui, un islam de paix, de tolérance et de solidarité.

La création du Conseil français du culte Musulman, la mise en place d’aumôneries dans les Armées, les hôpitaux et les établissements pénitentiaires et d’un cycle de formation républicaine pour les ministres du culte musulman, ont représenté des étapes décisives dans la reconnaissance et l’affirmation de l’islam de France.

Par le nombre de pratiquants, l’islam est aujourd’hui la deuxième religion de notre pays.

Je le dis avec force : les musulmans de France ont toute leur place au sein de la communauté nationale, cette communauté nationale qui, parce qu’elle transcende nos différences, fonde notre destin partagé.

Au-delà des croyances et des convictions de chacun, nous nous rassemblons autour de ces valeurs cardinales qui nous tiennent tant à cœur : la liberté, l’égalité et la fraternité.

La laïcité, qui est au cœur du pacte républicain, n’est pas la négation du fait religieux, elle est la reconnaissance par l’Etat de l’égale dignité des religions.

En cette période de fête pour les Musulmans de France, je tiens donc à vous adresser un message de sympathie et, j’ose le dire, d’amitié.

De la même manière que je combats avec force le fanatisme sous toutes ses formes, le communautarisme qui ne respecte ni nos lois ni nos valeurs, je suis, sachez-le, profondément déterminé à garantir le droit de tous les Français à exercer leur culte en toute liberté et en toute dignité. »